Quelques pas tricolores dans les rues de Genève

Philippe ABPLANALP, Secrétaire général d’honneur de l’Union des Sociétés Françaises de Genève (courriel)

Il n’est jamais trop tard pour découvrir ou redécouvrir Genève et flâner dans ses rues. Le promeneur curieux pourra chercher sur les petites plaques bleues l’origine des noms qui ont été donnés aux places ou aux avenues de la ville. Il y constatera, parfois avec surprise, qu’un grand nombre d’entre elles portent le nom d’un Français ou d’un lieu rappelant la France. Il n’y a là rien que de très normal, penserez-vous, car la France est toute proche et ce n’est que justice ! Pourtant, ce ne sont ni des raisons géographiques, ni une admiration sans bornes pour les grandes figures de l’histoire de France, qui ont inspiré les autorités lorsqu’elles ont décidé de donner à une rue de leur cité un nom évoquant le pays voisin.

Genève a toujours tenu à son esprit d’indépendance, et c’est l’une de ses grandes qualités. Ici, point de « place Henri IV », qui a pourtant beaucoup aidé les Genevois dans leur lutte contre le duc de Savoie, ni d’« avenue Napoléon », qui a traversé Genève à plusieurs reprises au cours de ses campagnes militaires. Les Français qui ont été choisis comme « parrains » des rues de Genève l’ont été parce qu’ils aimaient cette ville, parce qu’ils y ont vécu, parce qu’ils l’ont fait connaître grâce à leurs talents et à leurs activités.

On l’oublie trop souvent : les grands réformateurs ayant leur rue à Genève — Jean Calvin, Théodore de Bèze, ou Guillaume Farel — étaient tous Français et très attachés à leur patrie d’origine. Le personnage le plus populaire de l’histoire genevoise, la « Mère Royaume », est née à Lyon. De grands philosophes et écrivains, tels Voltaire, Chateaubriand ou Lamartine, y ont vécu et l’ont célébrée, sans oublier son citoyen le plus illustre, Jean-Jacques Rousseau, qui l’a tant aimée. Des commerçants et artisans habiles, venus de France, ont contribué à son renom, comme l’horloger Charles Cusin, qui a réparé le carillon de Saint-Pierre, ou encore Daniel Vasserot, ce huguenot venu de son Queyras natal, dans les Hautes-Alpes, pour ouvrir aux Eaux-Vives la première fabrique d’ « indiennes », ces toiles peintes qui ont fait la fortune de Genève bien avant l’horlogerie.

Et que dire de ces milliers de Françaises et de Français anonymes qui y ont trouvé refuge au cours des siècles ? Certains d’entre eux sont à l’origine des grandes familles de la cité et des plus belles pages de son histoire. Le nom de leur province ou de leur profession se retrouve dans la rue du Dauphiné ou dans celle des Maraîchers, où les réfugiés protestants, venus du midi de la France , venaient vendre cardons et artichauts qu’ils avaient cultivés au bord de l’Arve. En donnant leur nom à l’une de ses rues ou de ses places, Genève a voulu conserver à tout jamais leur souvenir dans nos mémoires.

I. Réformateurs et héros de l’indépendance genevoise
II. Intellectuels, hommes politiques, artistes
III. Industriels, artisans, commerçants et personnages divers
IV. Noms de lieux
V. Remerciements et sources consultées

I. Réformateurs et héros de l’indépendance genevoise

Bèze, Théodore de (1519–1605), rue — Issu d’une famille noble de Bourgogne, né à Vézelay. Après avoir étudié le droit et la littérature grecque et latine à Bourges et à Orléans, il se convertit au protestantisme en 1548 et rejoint Calvin à Genève. De 1549 à 1556, il enseigne le grec à l’Académie de Lausanne et y rédige ses œuvres principales : sa tragédie Abraham sacrifiant, sa traduction latine du Nouveau Testament et sa Confession de la foi chrétienne. En 1558, il revient à Genève où Calvin le fait nommer recteur de l’Académie qu’il vient de créer (charge que Théodore de Bèze assumera pendant 40 ans). Appelé par Condé à la cour de Navarre, il y obtient la conversion au protestantisme de Jeanne d’Albret, mère d’Henri IV, puis joue un rôle important au colloque de Poissy en 1561. Après la mort de Calvin, il devient le président de la Compagnie des pasteurs et l’âme de l’Église de Genève, tout en conservant des relations étroites avec les églises réformées de France. Outre ses œuvres précitées, Théodore de Bèze a publié des ouvrages juridiques (Droit des magistrats, 1574) ou historiques (Histoire ecclésiastique des Églises réformées du royaume de France, 1580). Il est également le fondateur de l’École de droit de l’Académie, ancêtre de la faculté de droit de l’Université de Genève.


Le collège Calvin, siège de l’ancienne Académie (photo :Jean Mouton)

Calvin, Jean (1509-1564), rue — Né à Noyon en Picardie, Jean Cauvin, dit Calvin, étudie d’abord la littérature à Paris, puis le droit à Orléans et à Bourges, où il apprend également le grec ancien. En 1534, il adhère à la Réforme et se rend à Genève, où le réformateur Guillaume Farel le presse de rester pour y établir définitivement la nouvelle doctrine et le seconder pour reconstruire la vie religieuse et morale de la cité. Calvin se rend tout d’abord à Bâle, où il publie en 1536 la première édition latine de l’Institution de la religion chrétienne, exposé magistral de la doctrine protestante.

En 1538, Calvin, Farel et leurs partisans sont chassés de Genève, en butte à l’hostilité d’une partie de la population (les « libertins »), qui reproche à ces réformateurs étrangers de vouloir imposer à Genève une foi et des idées nouvelles. Réfugié à Strasbourg, Calvin réorganise l’Église française réformée de la ville (Strasbourg est à l’époque une ville du Saint Empire romain germanique).

Il est rappelé à Genève en 1541 et y instaure une rigoureuse discipline, sur la base des « Ordonnances », qui font de l’Église reformée le gouvernement spirituel de la cité, ayant notamment pour tâches de veiller au maintien de la doctrine et au respect des mœurs. Il crée, pour diriger cette Église, la Compagnie des pasteurs et le Consistoire, qui existent toujours à Genève.

Jusqu’en 1555, Calvin doit soutenir une âpre lutte contre de nombreux adversaires pour faire triompher ses principes rigoureux. Il fait ainsi de Genève une « cité à part », la ville du Refuge, la « Rome protestante », qui sera à l’origine de la « Genève internationale » que nous connaissons aujourd’hui.

En 1559, il fonde, avec l’aide de Théodore de Bèze, le Collège et l’Académie, ancêtres du Collège et de l’Université de Genève actuels, qui ont attiré au cours des siècles des milliers d’élèves et d’étudiants. Ces établissements ont inspiré à Napoléon (qui, lorsqu’il n’était encore que le général Bonaparte, a visité le Collège en 1797) et au grand maître de l’Université impériale Louis de Fontanes (descendant de huguenots genevois) la création du lycée français.

Gravement atteint dans sa santé, Calvin meurt à 55 ans, usé par son inlassable activité au service de la Réforme.


Le lieu où Calvin a vécu à Genève (photo : J. Mouton)

L’œuvre religieuse immense de Calvin ne doit pas faire oublier ce qu’il a apporté, de manière plus générale, à la langue et à la civilisation françaises. La première édition française de l’Institution de la religion chrétienne, parue à Genève en 1541, fait de cet ouvrage l’un des monuments de la littérature française et de son auteur le créateur de la prose didactique moderne, mêlant la langue vulgaire aux débats théologiques. Le grand historien Michelet considérait d’ailleurs Calvin comme le premier auteur de langue française « moderne », avant Rabelais, Descartes ou Pascal. Il est vrai que la prose limpide de ce grand réformateur peut encore se lire de nos jours sans grande difficulté. Enfin, par son souci de clarté et d’équité — que l’on a eu trop tendance à caricaturer par la suite sous le signe d’une excessive sévérité — ce « Français de Genève » est aussi à l’origine d’un courant de pensée qui mènera, plusieurs siècles plus tard, à la philosophie des Lumières et même au féminisme. En effet, Calvin a proposé que soit adoptée une loi punissant les Genevois qui battraient leur femme, loi qui a été refusée car considérée à l’époque comme une ingérence inadmissible dans la vie privée des ménages !

Chandieu, rue — Famille noble du Dauphiné, qui s’est établie tout d’abord dans le pays de Vaud au XVIe siècle, et dont les représentants les plus célèbres sont : Antoine, baron de Chandieu (1534-1591), pasteur à Paris, puis aumônier et ambassadeur, se réfugie à Genève puis à Lausanne (où il donne des cours de théologie de 1573 à 1579). Rappelé en France par Henri IV, maître de camp (colonel) à la bataille de Coutras (1587), il revient à Genève où il acquiert la bourgeoisie. Son fils Jacques, ambassadeur d’Henri IV à Genève, commande en 1589-1590 les troupes genevoises en guerre contre le duc de Savoie.

Cordier, Maturin (1479-1564), passage — Né en Normandie, pédagogue. Enseignant au collège de la Marche à Paris, où il a été le maître de Jean Calvin en 1523, Maturin Cordier avait adhéré à la Réforme sous l’impulsion de Robert Estienne (voir ci-dessous). Il s’établit en 1537 à Genève et occupe le poste de sous-maitre dans la nouvelle Académie qui vient d’être fondée. Victime de l’exil de Calvin en 1538, il se réfugie à Neuchâtel, puis à Lausanne, où il devient principal du Collège de 1545 à 1557. En 1559, il quitte sa retraite pour revenir à Genève et diriger, à l’appel de Calvin, la plus haute classe du Collège. À la fin de sa vie, il publie des Colloques qui ont eu une très grande influence sur l’enseignement du latin à l’époque.

Crespin, Jean (1520-1572), rue — Auteur et imprimeur. Né à Arras, homme du nord de la France comme Calvin, il étudie le droit à Louvain et à Paris, où il est reçu avocat. Exilé d’Arras en raison de son adhésion à la Réforme et de ses relations avec Calvin et Théodore de Bèze, il se réfugie à Strasbourg, puis vient à Genève en 1548. Il y fonde une imprimerie et est reçu bourgeois en 1555. Crespin est resté dans l’histoire littéraire et religieuse comme l’auteur de l’Histoire des Martyrs, le martyrologe protestant. Paru en 1554, cet ouvrage a été réédité à de nombreuses reprises.

Estienne, Robert (1503-1559 ), rue — Né à Paris, fils d’imprimeur, Robert Estienne publie en 1523 une édition latine du Nouveau Testament. En 1531, il publie un Dictionarium Latino-gallicum (réédité et augmenté jusqu’en 1607), qui est considéré comme le premier dictionnaire de langue française, même si le latin y est encore présent. En 1539, il est nommé imprimeur officiel du roi François Ier pour l’hébreu et le latin, puis pour le grec (1540). Inquiété par la Sorbonne en 1547 pour son approche philologique des textes bibliques, il se réfugie à Genève en 1550. Il y fonde une imprimerie qui devient florissante et est l’auteur d’ouvrages religieux (Les Censures des théologiens de Paris, 1552 ) et de grammaire (Traité de la grammaire française, 1557). Reçu bourgeois de la ville en 1556, il meurt à Genève.

Farel, Guillaume (1489–1565), rue — La vie de Farel, né à Gap, devenu bourgeois de Genève en 1537, se divise en trois périodes : sa jeunesse et son activité au service de la Réforme française (1489-1526) ; son action de réformateur en Romandie (1527-1538) et enfin son activité d’auxiliaire de Calvin puis de pasteur à Neuchâtel. Après avoir prêché la Réforme dans plusieurs villes de Suisse romande, Farel vient s’installer à Genève à la fin de 1533. Il y retrouve son disciple et compagnon Antoine Froment. Tous deux déploient un zèle considérable pour la propagation de la Réforme. Le 22 juillet 1535, Guillaume Farel prononce la première prédication protestante en langue française dans l’église de la Madeleine et la Réforme est officiellement adoptée par le Conseil général, le 21 mai 1536. C’est également Farel qui, la même année, fait appel à Calvin et le persuade de rester à Genève. Dès lors, il ne cesse de le soutenir dans sa lutte contre les « libertins » (voir sous « Calvin »). Chassé de Genève avec Calvin lors de la « querelle des libertins » de 1538, il devient pasteur à Neuchâtel et organise l’église de cette ville selon des principes calvinistes, tout en continuant à prêcher dans de nombreuses villes de Suisse, de France ou d’Allemagne. Pionnier de la Réforme dont il a écrit en français le premier ouvrage (Le Pater noster et le Credo en françoys, 1524), le premier exposé systématique de la doctrine (Summaire et briefve declaration, en 1529) et la première liturgie (La maniere et fasson qu’on tient en baillant le sainct baptesme, 1528), Farel possédait une énergie exceptionnelle, servie par des dons d’orateur qui l’ont rendu très populaire. Ce grand réformateur avait un caractère entier (en 1558, il s’était brouillé avec Calvin pour avoir épousé une jeune fille de 18 ans), marqué par un engagement total au service de la Réforme. En 1565, il meurt des fatigues causées par un voyage à Metz, où les habitants l‘avaient appelé pour prêcher dans cette ville.

Goulart, Simon (1543-1628), place — Théologien né à Senlis, Piccard comme Jean Calvin, Simon Goulart s’installe comme pasteur en 1566 à Genève. Il y reçoit la bourgeoisie en 1572. Desservant de la paroisse de Saint-Gervais, il est en 1589 aumônier des troupes genevoises pendant la guerre contre la Savoie. En 1607, il est élu « modérateur » (président) de la Compagnie des pasteurs, charge qu’il assumera à nouveau de 1609 à 1612. Auteur d’ouvrages historiques et religieux, Simon Goulart est surtout resté célèbre dans l’histoire genevoise pour avoir écrit en 1603 le premier récit officiel de l’Escalade (Vray discours de la miraculeuse delivrance envoyée de Dieu à la ville de Geneve, le 12. jour de decembre, 1602).

Normandie, chemin de — Ce nom est celui d’une famille de notables d’origine française, dont : Laurent de Normandie — mort en 1569, ami et collaborateur de Calvin — et Jean de Normandie (1544 – 1619), qui a négocié et signé le traité de Saint-Julien en 1603.


La Mère Royaume (gravure reproduite par C. Pasteur)

Royaume, rue — La Genevoise la plus célèbre de la ville était Française ! Il s’agit de Catherine Cheynel, née à Lyon entre 1540 et 1545, femme de Pierre Royaume, potier d’étain, plus connue sous le nom de « Mère Royaume ». Le couple s’établit à Genève en 1569. En 1598, Pierre est reçu bourgeois et devient graveur de la Monnaie. Pourtant, c’est sa femme qui va entrer dans l’histoire genevoise, grâce à son rôle durant la tentative menée en 1602 par le duc de Savoie pour s’emparer par surprise de Genève, plus connue sous le nom d’ « Escalade ».

Dans la nuit du 11 au 12 décembre 1602 — selon l’ancien calendrier julien, cette date correspondant à celle du 21 au 22 décembre de notre calendrier grégorien actuel, soit la nuit la plus longue de l’année, ce qui en faisait la date idéale pour une attaque surprise — la Mère Royaume, qui habite au-dessus de la porte de la Monnaie, aperçoit des soldats du Duc qui tentent de pénétrer dans la ville. N’écoutant que son courage, cette robuste Lyonnaise lance par la fenêtre sa lourde marmite sur les assaillants, assommant un Savoyard et contribuant par son geste à donner l’alerte.

Ce « fait d’armes », perpétué par l’imagerie populaire, est resté l’un des événements les plus marquants de cette nuit mémorable. Pour commémorer l’Escalade et l’action héroïque de la Mère Royaume, les Genevois mangent, chaque 12 décembre, une marmite en chocolat garnie de légumes en massepain, que le doyen et le benjamin de l’assistance brisent ensemble après avoir prononcé cette phrase rituelle : « Ainsi périssent les ennemis de la République ! ». Pour la petite histoire, signalons encore que Pierre et Catherine Royaume ont eu 14 enfants.

Pour célébrer le quatrième centenaire de l’Escalade en 2002, les archives d’Etat et des historiens de Genève ont dressé la liste de leurs descendants actuels. Ils étaient au nombre de…1602 !


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II. Intellectuels, hommes politiques, artistes

Abauzit, Firmin (1679–1767), rue — Savant et encyclopédiste genevois. Né à Uzès, de religion réformée, il est envoyé secrètement à Genève à l’âge de dix ans, après la révocation de l’édit de Nantes, et fait ses études à l’Académie. Après avoir séjourné aux Pays-Bas et à Londres — où il se lie d’amitié avec le philosophe Pierre Bayle et Newton — il revient à Genève et refuse la chaire de philosophie de l’Académie pour occuper la fonction de bibliothécaire, réorganisant la bibliothèque de la ville. Il collabore également à la traduction française du Nouveau Testament paru en 1726. En reconnaissance de ses services, il est reçu gratuitement à la bourgeoisie de Genève en 1727.
Le savoir universel d’Abauzit — il a convaincu Newton de modifier son opinion sur l’éclipse observée par Thalès — ainsi que son extrême modestie étaient admirés des plus grands esprits de son temps, comme Rousseau ou Voltaire.

Aubigné, Agrippa d’ (1552-1630), terrasse — Homme de guerre, écrivain, maréchal de camp des armées d’Henri IV. Né près de Paris en Saintonge, compagnon de luttes d’Henri IV, il entre dans l’opposition au roi après l’abjuration du protestantisme par ce monarque.
Établi en septembre 1620 à Genève, où il avait passé son enfance, d’Aubigné met ses talents d’organisateur au service de la ville. Il fait ajouter des fortifications à Saint-Victor et à Saint-Jean et forme le projet de constituer une fédération des puissances réformées dont les cités helvétiques seraient le fer de lance. Berne l’accueille avec les plus grands honneurs et Bâle bénéficie de ses conseils.
D’Aubigné achète en 1620 la terre du Crest, à Jussy, où il fait construire le château actuel. Il y reçoit l’élite de la société genevoise. Politique et homme de guerre, d’Aubigné est aussi l’auteur des Tragiques (1616), d’une Histoire universelle, d’un roman satirique (Les Aventures du baron de Faenest) et de poèmes baroques (Le Printemps) qui en font l’un des plus grands intellectuels de son temps.

Bergalonne, Francis (1833–1907), rue — Musicien et chef d’orchestre. Après avoir fait ses études musicales à Nantes, où il est né, puis au Conservatoire de Paris (où il a obtenu un premier prix de violon et de cornet à piston), ce Breton d’origine vient à Genève en 1855. Il y est chef d’orchestre au Grand-Théâtre de 1855 à 1901 et, pendant vingt sept ans, chef de la musique de l’Élite.

Budé de, avenue — En souvenir de l’une des plus illustres familles genevoises, originaire de Champagne, anoblie au XIVe siècle par le roi de France (elle a adopté la particule dans la seconde moitié du XVIe siècle), qui s’est éteinte en 1978. Ses plus éminents représentants sont :

  • Guillaume Budé (1467–1540), éminent helléniste, né et mort à Paris, secrétaire des rois Louis XII et François Ier, fondateur du Collège de France;
  • son fils, Jean de Budé (1515–1567), fondateur de la branche genevoise, seigneur de Vérace, bourgeois de Genève en 1555, membre en 1559 du Conseil des Deux-Cents, puis des Soixante, chargé par Genève de plusieurs missions diplomatiques auprès des églises protestantes de Suisse (1553), des princes protestants d’Allemagne (1558), de l’électeur palatin (1665), de Coligny et des cantons évangéliques (1567);
  • Jean (1558–1610), son fils, seigneur de Vérace, membre du Conseil des Deux-Cents, puis du Petit-Conseil, syndic en 1603 et 1607, envoyé par Genève auprès d’Henri IV à Lyon;
  • Bernard (1676-1755), seigneur de Vérace, comte de Montréal, membre du Conseil des Deux-Cents en 1704, chef de la faction des « Tamponneurs » ou « Montréalistes », qui ont provoqué des troubles à Genève en 1737 en s’opposant aux milices bourgeoises ; vaincu, il se retire sur ses terres de Ferney, que Voltaire achètera à la famille de Budé en 1759;
  • Guillaume (1698-1778), baron de Montfort, officier au service de la Sardaigne , lieutenant général en 1754 ; en 1771, il s’est retiré à Genève avec le grade de général d’infanterie;
  • Guillaume-Eugène-Théodore (1836-910), historien et philanthrope, auteur de nombreux ouvrages historiques, notamment de biographies, fondateur ou animateur de multiples œuvres de bienfaisance et d’utilité publique.

 


Monument en l’honneur de Chateaubriand
à Genève (photo : J. Mouton)

Calas, avenue — Cette avenue, tracée sur l’emplacement de la propriété de la famille Calas, fait référence à Jean Calas (1698-1762), protestant français supplicié et exécuté à Toulouse après avoir été accusé d’avoir tué son fils aîné pour l’empêcher de se convertir au catholicisme. Genève a joué un rôle important dans cette affaire. C’est tout d’abord en se fondant sur une interprétation falsifiée des écrits de Calvin que ses accusateurs ont condamné Calas, en prétendant que le réformateur incitait dans ses écrits les parents protestants à tuer leurs enfants si ceux-ci souhaitaient se convertir au catholicisme. Après le jugement, deux autres fils de Calas, Pierre et Donat, sont bannis de Toulouse et s’établissent à Genève. Ils y rencontrent Voltaire et lui demandent de réhabiliter la mémoire de leur père et l’honneur de leur famille. Le grand écrivain décide alors de défendre la cause du condamné auprès de élites européennes, prononçant cette phrase restée célèbre : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dîtes, mais jusqu’au bout je me battrai pour que vous puissiez le dire ! » . Voltaire obtient la révision du procès et Calas est réhabilité en 1765. En 1770, Pierre et Donat Calas sont reçus gratuitement à la bourgeoise de Genève.

Chateaubriand, François René de (1768-1848), place — L’illustre écrivain, ambassadeur de France puis ministre des Affaires étrangères sous la Restauration, a séjourné à plusieurs reprises à Genève, en 1805, 1831 et 1832, à l’ancienne auberge du Cheval-Noir au Bourg-de-Four, ou encore chez un particulier du nom Benoît, place de la Navigation. Dans ses Mémoires d’outre-tombe, il évoque l’émouvante visite qu’il a faite avec Mme Récamier au château de Coppet, dans la crypte abritant le tombeau de Necker et de Mme de Staël. Un monument a été érigé en l’honneur de Chateaubriand pour rappeler ses séjours à Genève.

Crosnier, Jules (1843–1917), avenue — Peintre. Né à Nancy, Jules Crosnier fait ses études à Paris, puis à Genève pour suivre les cours de Barthélemy Menn et apprendre la peinture sur émail. En 1876, il est nommé professeur à l’École des Beaux-Arts de Genève et ne quittera plus cette ville dont il deviendra citoyen. Aquarelliste de talent, il fait de nombreux séjours en Bretagne, en Écosse et sur les bords du Léman pour peindre les paysages qu’il aimait tant. Par son œuvre et ses nombreuses expositions (tant aux Beaux-Arts, à la Société des Arts, qu’au Musée de l’Athénée), ou encore grâce à sa revue Nos anciens et leurs œuvres, Jules Crosnier a exercé une grande influence sur le mouvement artistique de Genève.

Furet, François (1842–1919), chemin — François, dit Francis Furet, né à Genève, mais de nationalité française, fait toute sa carrière artistique à Genève dont il acquiert le droit de cité en 1869. Élève de Barthélemy Menn, il se consacre aux paysages et à la peinture décorative. Il est l’auteur d’un grand panorama des Alpes suisses. En 1899, il reçoit la médaille de l’Exposition universelle de Paris et est décoré de la Légion d’honneur en 1896.

Guyénot, Émile (1885–1963), place — Zoologiste et biochimiste. Citoyen français né à Lons-le-Saunier, Émile Guyénot fait ses études de médecine à Besançon, puis à Paris, avant de se consacrer aux sciences naturelles, à la zoologie, à la bactériologie et à la biochimie. Appelé en 1918 par l’Université de Genève, il occupe jusqu’en 1960 la chaire de zoologie générale et est, pendant toutes ces années, l’une des grandes personnalités de la faculté des sciences. Auteur de plus de 400 articles sur la théorie de l’évolution et l’histoire de la biologie, Émile Guyénot a démontré, à l’encontre de la thèse de Pasteur, que la vie était possible en milieu aseptique. En 1933, il a été le créateur de la station de zoologie expérimentale de Malagnou. Docteur honoris causa des Universités de Genève et de Lausanne en 1950, prix de la ville de Genève en 1951, il a été nommé en 1952 membre d’honneur de l’Académie suisse des sciences médicales.


Vers de Lamartine sur la plaque commémorative du palais Wilson (photo : J. Mouton)

Lamartine, Alphonse de (1790–1860), rue — Le grand poète et homme politique français vient à plusieurs reprises en Suisse entre 1815 et 1848. Le 8 juin 1820, son mariage avec Maria-Elisa Birsch est béni dans la chapelle anglaise de Genève. Lamartine se lie également d’amitié avec plusieurs Genevois célèbres de son temps : Jean Gabriel Eynard, le pasteur Deodati, et en particulier Hubert-Saladin. En 1841, il dédie à Hubert-Saladin son poème Ressouvenir du lac Léman, publié dans ses Méditations, qui annonce en vers prophétiques le rôle que Genève allait jouer par la suite sur la scène internationale : Ces vers ont été gravés sur une plaque apposée devant le palais Wilson, le 29 avril 1969, pour commémorer le 50e anniversaire de l’établissement du siège de la S.d .N. à Genève.

Rousseau, Jean-Jacques (1712–1778), rue — Ce n’est pas à un Français de Genève que nous voulons rendre hommage, mais au citoyen genevois que la République française, en l’accueillant au Panthéon, a reconnu parmi ses « Grands Hommes ».
Fils d’Isaac, représentant d’une longue lignée d’horlogers, Jean-Jacques Rousseau est, avec Jean Calvin et Henry Dunant, l’un des trois hommes qui ont le plus contribué à répandre le nom de Genève dans le monde et sans nul doute son plus illustre ressortissant. Le titre de « Citoyen de Genève » était d’ailleurs celui auquel il était le plus attaché, malgré ses démêlés avec les autorités de sa ville natale.
Sa vie et son œuvre sont suffisamment connues pour qu’il ne soit pas nécessaire de les évoquer ici dans le détail. Rappelons simplement — puisque nous voulons mettre en évidence ce que les Français de Genève ont apporté à l’histoire, aux arts et à la science — qu’avec le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes (1755) et Du contrat social… (1762), il jette les bases de la sociologie et de l’anthropologie modernes ; qu’avec Julie ou la Nouvelle Héloïse (1761), il invente le romantisme ; qu’avec l’Émile (1762), il crée l’éducation moderne et que les Rêveries du promeneur solitaire (1782) et les Confessions (1782 – 1789) font de Jean-Jacques Rousseau le premier grand auteur de romans autobiographiques et psychologiques. Enfin, son œuvre philosophique a eu une influence considérable sur les idées de la Révolution française, ainsi que sur les grands penseurs socialistes du XXe siècle, comme Marx, Proudhon et Jaurès.
Le deuxième centenaire de sa naissance a été commémoré à Genève avec un faste et une participation populaire extraordinaires. À cette occasion, il a été décidé de créer un quartier dont les rues rappelleraient la vie et les œuvres de J.-J. Rousseau. C’est ainsi que l’on peut se promener à Genève sur l’avenue du Devin-du-Village, dans la rue des Confessions, dans celles du Contrat-Social, de l’Encyclopédie et de la Nouvelle-Héloïse , au rond point-Jean-Jacques, ou encore sur le sentier du Promeneur-Solitaire.

Thomas, Albert (1878–1932), place — Homme politique et fondateur du BIT. Né à Champigny-sur-Marne, Albert Thomas commence sa carrière comme professeur et historien spécialisé dans les questions sociales, avant d’entamer une carrière politique. Membre de la S.F .I.O. (socialiste), collaborateur de Jaurès, il est élu député de la Seine (1910), nommé sous-secrétaire d’État aux Munitions (1914) puis ministre de l’Armement (1916-1917). Chargé de l’un des ministères les plus importants durant la Première Guerre mondiale, son action sera décisive dans le processus qui mènera la France à la victoire (il contribuera à développer considérablement la production de guerre) mais aussi dans les années de l’après-guerre.
En préconisant, en pleine guerre, une politique de hauts salaires, un recours massif à la main-d’œuvre féminine (pour pallier à l’absence des hommes envoyés au front) et une stricte application de la justice sociale, Albert Thomas va être l’un des hommes politiques qui feront de la France une grande puissance industrielle et l’un des pays les plus avancés dans le domaine social durant l’entre-deux-guerres. Par son action, il a été, avec Léon Blum, l’un des hommes politiques qui ont permis l’arrivée du Front populaire au pouvoir en 1936.
Mais c’est après la guerre qu’Albert Thomas va acquérir une stature internationale. Délégué à la conférence de la paix en 1919, il est chargé de la rédaction des clauses du traité de Versailles relatives à l’organisation sociale et contribue à la création de l’Organisation internationale du Travail (OIT). En janvier 1920, il est désigné comme premier directeur du Bureau international du Travail, siège central de l’OIT créé par le traité, et va s’installer à Genève. Attentif au respect des droits sociaux au niveau international, comme il l’avait été en France pendant la guerre, Albert Thomas fait adopter, lors de la conférence de Washington de 1929, les six premières conventions internationales du travail relatives à la durée du travail dans l’industrie, au chômage, à la protection de la maternité, au travail de nuit des femmes, ainsi qu’à l’âge minimum et aux conditions de travail de nuit des enfants. En plus de ces activités, Albert Thomas fait du siège du BIT à Genève le plus important centre d’études et de documentation sociale du monde. Un monument a été élevé à sa mémoire sur la place qui porte son nom.

Voltaire (1694–1778), rue — François Marie Arouet, dit Voltaire, s’établit à Genève en 1751 après avoir été expulsé du royaume de Prusse. Il y achète le domaine de Saint-Jean, qu’il nomme « Les Délices », et y reçoit les personnalités les plus éminentes de la société genevoise. Il intervint dans les luttes politiques qui opposent, entre 1755 et 1770 à Genève, les « Représentants » (partisans d’un régime libéral et démocratique) aux « Négatifs » (tenants du régime aristocratique et conservateur en vigueur à l’époque), luttes dans lesquelles on peut voir les prémisses de la Révolution française.
Mais en raison de sa prétention d’avoir chez lui un théâtre et d’y faire jouer ses pièces, il entre en conflit avec le Consistoire des pasteurs, conflit encore avivé par l’article sur Genève écrit par d’Alembert dans l’Encyclopédie, auquel Jean-Jacques Rousseau répond par sa Lettre à d’Alembert sur les spectacles. Excédé par ces dissensions, Voltaire quitte Genève en 1760 et s’établit à Ferney, d’où il continue à exercer une grande influence sur la bourgeoisie genevoise — en intervenant notamment lors de l’affaire Calas (voir sous ce nom) — ainsi qu’auprès des artisans-horlogers du quartier de Saint-Gervais.


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III. Industriels, artisans, commerçants et personnages divers

Balmat, Jacques (1762–1834), rue — Paysan de Chamonix, grand collectionneur de cristaux et chasseur de chamois, Jacques Balmat est resté célèbre dans l’histoire de l’alpinisme pour avoir été le premier à atteindre le sommet du Mont-Blanc, le 17 août 1786, en compagnie du docteur Paccard, également de Chamonix. L’année suivante, il y conduit le célèbre savant genevois Horace-Bénédict de Saussure, à qui Chamonix a élevé une statue (Genève réparera cette demi-injustice en donnant le nom de l’une de ses rues à ce précieux guide). Jacques Balmat est mort tragiquement dans un accident de montagne. Dans ses Voyages en zigzag, l’écrivain Rodolphe Töpffer relate une visite qu’il a faite au vieux guide, en compagnie de ses élèves, lors d’une excursion à Chamonix.

Blanc (1820-1911), avenue — Directeur à Faverges (Savoie) d’une industrie de la soie, le baron Pierre Antoine Jules Blanc est envoyé à Paris en 1860, avec d’autres représentants des intérêts de la région d’Annecy, pour combattre le projet de réunion de la Savoie du Nord à la Suisse. En 1870, il s’établit à Genève dans sa propriété de Sécheron-dessus et consacre son temps à des questions religieuses et philosophiques.


Cathédrale St-Pierre (photo : Wilkipedia)

Cusin, Charles (né avant 1574 – mort entre 1590 et 1612), rue — Né à Autun, reçu habitant de Genève en 1574 — c’est-à-dire autorisé à résider dans la cité et à y tenir un commerce, sans pour autant avoir le droit de vote — ce mécanicien et horloger bourguignon a été l’un des promoteurs de l’horlogerie à Genève au XVIe siècle. Chargé par le Conseil de fabriquer un engin pour faciliter la sonnerie des cloches de Saint-Pierre, il est récompensé de ce travail par l’octroi de la bourgeoisie en 1581. Requis une nouvelle fois en 1590 pour réparer l’horloge du Molard, ce personnage haut en couleurs (il avait déjà été accusé de vol lors de son arrivée à Genève) quitte la ville en emportant l’avance qui lui a été versée, sans avoir effectué son travail. On perd ensuite sa trace, mais toutes celles et ceux qui entendent sonner la Clémence et les autres cloches de Saint-Pierre peuvent avoir une pensée pour Charles Cusin !

Daubin (1807–1862), rue — En souvenir de Nicolas Joseph Daubin, marchand de vins d’origine française, qui possédait une propriété aux Charmilles où ses descendants ont vécu jusqu’en 1909.

Monthoux, rue de — Né à Annemasse en 1762, le baron Othon de Monthoux a acquis en 1808 une propriété aux Pâquis, où il a reçu en 1830 le grand poète polonais Jules Slovacki. En 1859, ses héritiers ont revendu la propriété à la ville, à la condition qu’une rue porte leur nom.

Quidort (1800–1874), rampe — Originaire de Montbéliard, négociant en lampisterie, membre des Exercices de l’Arquebuse et de la Navigation (les clubs genevois huppés de l’époque), Jean-Pierre Quidort était propriétaire des terrains qui bordent la route actuelle, du pont de Saint-Georges au plateau du Petit-Lancy, sur laquelle cette rampe a été créée.


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IV. Noms de lieux

L’Ain, avenue de l’ — Rappelant le département français voisin, ce nom a été donné en 1960 à l’artère reliant le pont Butin à la route de Vernier.

Bourgogne, rue de — Ce n’est pas à la province française, mais à l’ancien royaume de Bourgogne — auquel l’évêché de Genève a appartenu jusqu’en 1032 — que cette rue fait référence.

Chamonix, rue de — Cette rue est située près de la gare des Eaux Vives, point de départ de la ligne de chemin de fer Genève-Le Fayet-Chamonix.


Le parc de Château-Banquet (photo : J. Mouton)

Château-Banquet, parc — L’ancienne propriété et son parc appartenaient à Étienne Banquet (1661-1732), reçu bourgeois de Genève en 1710, membre du Conseil des Deux-Cents, qui a acquis en 1713 ce château où il a donné des fêtes somptueuses. Les jardins de la propriété ont été conçus d’après des plans dessinés par Le Nôtre, l’illustre créateur des jardins de Versailles.

Délices, rue des — Cette rue porte le nom de la propriété que Voltaire a habitée à Genève de 1751 à 1760 (voir ci-dessus, « rue Voltaire ») et qui abrite aujourd’hui le Musée Voltaire.

Dauphiné, rue du — Cette province française comptait de nombreux protestants, dont beaucoup se sont réfugiés à Genève après la révocation de l’édit de Nantes en 1685 et durant toute la première moitié du XVIIIe siècle.

Faucille, rue de la — Ce col du Jura, sur la route de Genève à Paris, a donné son nom à cette rue.

Ferney, route de — Cette route mène à Ferney qui, de tout temps, a toujours entretenu d’étroites relations avec Genève

France, avenue de — Cette avenue se prolonge, dès la place des Nations, par la route de Ferney, qui est celle de Paris par le col de la Faucille. En donnant ce nom à cette rue proche du palais des Nations — ancien siège de la S.d .N. durant l’entre-deux-guerres — Genève entendait rendre hommage à la France et à son rôle important dans la construction d’un nouvel ordre international après la sanglante guerre de 14-18.

Indiennerie, rue de l’ — L’industrie des toiles peintes, ou « indiennes », s’est développée à Genève grâce aux réfugiés protestants français venus dans la ville après la révocation de l’édit de Nantes. Vers 1690, Daniel Vasserot, originaire du Queyras en Dauphiné, ouvre une première fabrique aux Eaux-Vives, puis une seconde en 1701, en s’associant à Antoine Fazy. Une troisième fabrique est créée en 1706, sous la raison sociale « Antoine Fazy & Cie, et transférée aux Pâquis en 1719. Les Fazy, qui sont l’une des grandes familles de l’indiennerie genevoise, créent ensuite une nouvelle fabrique aux Bergues qui subsistera jusqu’en 1830. À partir de 1815, à la suite du désintérêt pour les toiles peintes et de la mécanisation des techniques, les fabriques d’indiennes de Genève, qui avaient employé jusqu’à 3000 ouvriers, connaissent un rapide déclin.

Lyon, rue de — Cette rue est l’une de celles qui, par l’avenue de Châtelaine et la route de Vernier, mènent en direction de la capitale rhodanienne avec laquelle Genève entretient des liens séculaires.

Mail, avenue du — Ce nom rappelle le souvenir du jeu de quilles, ou « maillet », que le duc Henri de Rohan — chef du parti huguenot sous le règne de Louis XIII et dont le tombeau se trouve dans la cathédrale Saint-Pierre à Genève — a fait établir à ses frais en 1637.


La rue des Maraîchers (photo : J. Mouton)

Maraîchers, rue des — Cette rue rappelle le souvenir des maraîchers huguenots du midi de la France, qui se sont réfugiés à Genève après la révocation de l’édit de Nantes en 1685 et se sont établis dans le quartier de Plainpalais pour y cultiver les terrains très fertiles des bords de l’Arve et du Rhône. Ces maraîchers — qui ont fondé de véritables dynasties de cultivateurs — ont introduit à Genève la culture du cardon et de l’artichaut, qu’ils ont expédiés pendant plus de deux siècles dans toute la Suisse où ils étaient inconnus.

Mont-Blanc, rue, pont et quai du — Cette rue, ce pont et ce quai font tellement partie de la vie des Genevois qu’ils en oublieraient presque que leur nom fait référence au plus haut sommet d’Europe… situé en France ! Jusqu’en 1855, la rue du Mont-Blanc s’appelait la rue des Remparts. Le pont date de 1862. La construction du quai, qui s’est d’abord appelé « quai du Léman » — puis celle des jetées, de la rotonde, des terrasses et des grands hôtels — s’est échelonnée entre 1851 et 1894. La dernière partie, le futur quai Wilson, a reçu ses dimensions actuelles entre 1911 et 1915.

Reculet, place du — Ce nom est celui de l’un des plus hauts sommets du Jura français voisin ( 1720 m ) ainsi que de toute cette chaîne de montagnes.

Saint-Léger, rue — Le vallon de Saint-Léger était la voie d’accès à Genève pour le voyageur qui venait de Lyon, du Dauphiné ou d’Italie.

Savoie, rue de — Cette rue est nommée ainsi à cause de la proximité de la gare de Vollandes, qui relie Genève à la Haute-Savoie.

Vincy, chemin de — Ce nom, qui s’écrit avec un « y », n’a pas été donné en l’honneur de Léonard de Vinci, mais il rappelle l’ancien domaine de Vincy, propriété de Daniel Vassrerot, qui a créé l’industrie des toiles et tissus peints à Genève (voir ci-dessus, « rue de l’Indiennerie »).


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V. Remerciements et sources consultées

Je souhaiterais exprimer mes plus vifs remerciements à M. Jean Mouton, trésorier adjoint de l’U.S.F.G., qui a pris les clichés photographiques ayant illustré cet article. Les sources que j’ai consultées pour sa rédaction sont les suivantes :

  • Balland, Jean-Paul, (avec la collaboration de : Berger, Armande). Dictionnaire des rues de Genève. Genève : Promoédition, 1988 (3e éd.), 136 p.
  • Dictionnaire historique de la Suisse , version électronique, 2006.
  • Gagnebin, Bernard. Genève : textes et prétextes. Lausanne : Mermod, 1946, 400 p.
  • Massé, Arthur. Les parrains illustres des rues de Genève. Genève : Ch. Eggimann & Cie, 1906, 183 p.
  • Promenades historiques dans les rues de Genève. Genève : Slatkine, 1980, 207 p.
  • Qui étaient-ils ? Histoire des noms illustres donnés aux rues de Genève. Genève : Atar, 1906, 180 p.

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